Réponse à un lecteur à propos de l'efficacité

Je fais ici réponse au commentaire de Wil Poma au sujet de l'article : Où est l'efficacité de l'Aïkido ?

Wil Poma : "est ce que ce n'est pas se plier à repondre à des gens qui ne sont pas en phase avec ce qui fait venir les pratiquants motivés sur les tatamis? ce que je veux dire pas là c'est que cette question est vaine. pour les pratiques affichent un efficacité on sait très bien que cela n'est jamais vrai. alors poser la question pour l’Aïkido... revient juste à déplorer les manques. cela me fait penser à des gens qui parlent des films de super héros en disant il n'y a pas d'histoire... ou des films intimistes disant il n'y a pas d'entrées. mais quand je vais voir un film avec des couleurs et des effets spéciaux je sais ce que je vais chercher. et quand je vais voir un film avec deux personnes qui parlent dans un appartement je sais aussi ce que je vais voir et les question annexes en fait ne me regardent pas. ce que je veux dire pas là c'est que l’aïkido m'apporte beaucoup de choses et le ramener à des questionnements extérieur est une perte de temps. parce que ça n'est pas la question. par contre il y a tellement à dire sur le rapport à l'autre sur le fait de se recentrer sur l'exigence que l'on a avec soit même sur l'ouverture aux autres. tellement de sujets que je montre dans mes vidéos. en vrai pour bien parler de l’Aïkido on a pas le temps de parler de ce qui ne le concerne pas."




Ma réponse :
Bonjour Wilfrid,
Il existe plusieurs manières de pratiquer l'Aïkido et donc plusieurs manières de le concevoir et d'en parler. Comme je l'exprime au début de l'article, la notion d'efficacité n'est pas nécessairement liée au combat. On peut être efficace dans le développement de soi par exemple.

Je conçois que l'on utilise l'outil Aïkido pour servir plusieurs buts, autres que liés au combat. Pour autant son origine est martiale. Et ceux qui sont intéressés par cette approche peuvent trouver des réponses dans la pratique. Encore faut-il que le type de pratique corresponde à cela.

Contrairement à vous, je pense que la question de l'efficacité est centrale pour les Aïkidokas. Comme cette question n'est jamais abordée de front, elle crée un malaise presque imperceptible chez les pratiquants. La plupart des gens que j'ai rencontré disaient ne pas venir pour apprendre à se battre. Mais dès qu'on en venait à pratiquer, s'ils ne questionnaient pas immédiatement l'efficacité de la technique c'était pour essayer de prendre le dessus d'une manière ou d'une autre ! N'est-ce pas paradoxal ?

Si l'Aïkido est plus qu'une simple méthode de combat, son origine reste martiale. Et les gens le savent. Alors pourquoi viennent-ils pratiquer en disant qu'ils ne sont pas intéressé par l'efficacité ?
En réalité, je pense que beaucoup de pratiquants viennent à l'Aïkido parce qu'ils sont intéressés par la question du combat et qu'ils ont peur d'aller pratiquer une discipline où l'opposition est plus forte, mais ils ne se l'avouent pas. Pleinement concernés par la question du conflit, ils viennent à l'Aïkido parce que cette discipline incarne une forme d'idéal à atteindre. Malheureusement comme la plupart du temps la pratique ne répond pas aux attentes, ils préfèrent décréter qu'au fond la martialité  ne les intéresse pas, plutôt que d'admettre avoir des espoirs déçus. Alors ils se détournent de leur but premier et décrètent rechercher autre chose : l'harmonie avec les autres, l'équilibre dans la vie, une meilleure gestion du conflit, etc. Et l'Aïkido fonctionne aussi pour atteindre ces buts ! De la même manière certainement que le Yoga, le Qi Gong, le Taï Chi, le Karaté, la course à pied et maintes autres activités parfois plus efficaces pour atteindre ces buts !

Comme vous le soulignez, il y a beaucoup à dire sur le rapport à l'autre, le fait de se recentrer, l'exigence, etc. Ce qui permet ce travail, c'est un certain contexte, un cadre limitant. Pour moi ce cadre est celui d'une recherche d'efficacité combative. Certes, elle n'est pas absolue et n'a rien à voir avec un entraînement militaire, mais elle sert de garde fou. Ce contact avec le réel et les contraintes qu'il impose évite les dérives et les mises en orbite.
Je postule même que pour qu'un véritable travail intérieur se fasse par la pratique de l'Aïkido, il faut que le contexte soit impitoyable. Il est facile de s'harmoniser à un adversaire qui attaque mollement ou qui est perclus d'ouvertures, mais cela demande de puiser dans ses ressources lorsqu'il le fait en étant pleinement engagé.
La fameuse "présence à l'instant", dont on parle tant, est rendue possible parce que l'intensité du moment vécu est telle qu'on ne peut s'y dérober. Ainsi, "la recherche de l'efficacité martiale" n'est pas l'obstacle de l'Aïkido, mais son outil premier !

Par ailleurs, je ne trouve pas que l'Aïkido, selon la manière dont il est pratiqué certes, soit inefficace martialement/combativement. Il m'arrive régulièrement, en stage, de rencontrer des pratiquants d'autres disciplines jugées efficaces (judo, karaté goju-ryu, wing chun, silat, systema) qui souscrivent à l'approche qui leur est proposée.

"Pour bien parler de l'Aïkido, on n'a pas le temps de parler de ce qui ne le concerne pas". Mais qui décide de la frontière entre ce qui le concerne et ne le concerne pas ? Si c'est un outil, chacun peut l'employer comme bon lui semble. Et je suppose même que vous l'employez différemment maintenant, que vous ne le faisiez à vos débuts et je vous souhaite que cela continue à évoluer. Je conçois que vous ne soyez pas d'accord avec cette idée d'efficacité, que cela ne colle pas avec votre pratique. En ce qui me concerne ma recherche est autre...

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