Décider ou choisir : la différence entre les arts martiaux et les sports de combat ?

Il y a quelques jours ma compagne m'a cité un passage d'un livre de philo qu'elle était en train de lire. L'auteur rappelait la différence qu'il y a entre décider et choisir...

"Choisir, c'est choisir logiquement, rationnellement, après un examen qui a réduit l'incertitude comme une peau de chagrin [...] : savoir réfléchir et calculer correctement suffit.
[...]Décider c'est compenser l'insuffisance de ces critères par l'usage de sa liberté. Choisir, c'est savoir avant d'agir. Décider, c'est agir avant de savoir.
Nous sommes donc plus libres lorsque nous décidons que lorsque nous choisissons, parce que nous ne sommes pas tenus d'obéir à des critères indiscutables. Mais cette liberté, souvent nous perturbe."

Choisir c'est connaître les multiples conséquences qu'engendre un choix et donc le faire en toute connaissance de cause.
Décider c'est suivre un choix sans avoir suffisamment d'éléments pour être certain que c'est le plus approprié. En somme, c'est trancher !

Choisir
Le monde des sports de combats est régit par un certain nombre de règles. Plus elles sont nombreuses, plus les choix d'actions sont restreints. Par conséquent ils peuvent sembler plus aisés à réaliser. Il s'agit juste de choisir entre un nombre restreint de possibilités.

Esquive de Mohammed Ali : Magnifique et efficace, dans un contexte bien défini

Cette réduction volontaire du champ des possibles a un effet très positif sur les performances. Cela pousse chacun à se dépasser davantage et à affiner sa technique.

Par ailleurs, les choix sont plus ou moins ouverts selon les sports de combats. Un combattant de boxe anglaise par exemple a moins de choix (en apparence) qu'un combattant de boxe pieds-poings et encore moins qu'un pratiquant de MMA.
Cela ne rend pas une discipline meilleure qu'une autre, cela la rend simplement différente.

Décider
D'autre part, le monde des arts martiaux, lui, est déterminé par l'absence de règles. Théoriquement, tout peut advenir. Il s'agit donc d'être extrêmement prudent, jusqu'au moment où la situation impose d'agir et de trancher. Le concept clé de cette idée est bien évidemment Irimi-Atemi, entrer et frapper. Jouer le tout pour le tout, sans retour en arrière possible.
Cette intensité dramatique et cette capacité d'investissement extrême sont caractéristiques des Budo Japonais. Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler que c'est le pays du soleil levant qui a vu naître les Kamikazes.

La frontière entre les deux
La frontière qui sépare décider et choisir est parfois très floue. Il serait faux de dire qu'un boxeur "n'a qu'à choisir entre esquiver à gauche ou à droite", il doit aussi savoir trancher.
Si ces deux mécanismes s'entremêlent aisément, il n'en reste pas moins que dans leur essence les sports de combats semblent tenir du "choisir" et les arts martiaux du "décider".

Apprendre à trancher
Décider est difficile. Trancher sans savoir où l'on va demande une certaine forme de courage... et de l'expérience.
Peut-être que cette capacité à décider vient d'abord d'une capacité à choisir. Capacité qui se serait affinée avec l'expérience.
Pour développer cela par de l'entraînement, on peut imaginer mettre en place des exercices nécessitant de faire des choix simples (esquiver à gauche ou à droite sur une attaque définie, effectuer une unique technique quelles que soient les attaques...). Puis on introduira de plus en plus de situations demandant de faire des choix complexes. Choix complexes qui deviendront insolvables au point de s'apparenter à des prises de décision.
En somme, commencer par des situations semi-ouvertes, les travailler à fond, puis introduire de plus en plus de degrés de liberté. Jusqu'à devenir totalement libre... et capable de trancher sans l'ombre d'un doute !

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