Réflexions sur la pratique...

[Il y a quelques temps j'avais publié ces réflexions éparses sous forme d'une page dédiée. Ayant accueilli un grand nombre de débutants en ce début d'année, un petit rappel est judicieux...]


Reishiki : l'étiquette
Lorsque vous pénétrez dans un dojo (litt. "le lieu où l'on étudie la voie"), la première chose qui peut vous surprendre est que le comportement des pratiquants semble guidé par une règle de politesse désuète : l'étiquette. Ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas d'être révérencieux en s'inclinant à tout bout de champ. L'étiquette est d'abord un moyen de régler les rapports humains en bonne intelligence. Il faut garder à l'esprit que le fond prime sur la forme : un bref salut sincère vaut mieux qu'une courbette hypocrite.
D'autre part l'étiquette est aussi un moyen d'entrer dans le monde des Arts Martiaux (Budo). En plus d'apprendre à se placer à la juste distance de quelqu'un (pour pouvoir le saluer sans le heurter par exemple), il s'agit d'avoir un comportement adapté en toutes circonstances. Dans le doute, faire comme les autres !


Hakama et Keikogi : la tenue
Pliage du hakama
Comme la plupart des disciplines corporelles, l'Aïkido se pratique avec une tenue spécifique. Le Keikogi, composé d'une veste et d'un pantalon généralement blancs, est souvent improprement appelé Kimono. Là où le Kimono est "la chose qu'on porte", Keikogi se traduit par "vêtement d'entrainement".
Le Hakama quant à lui, est cette jupe-culotte plus ou moins large, plus ou moins longue, de couleurs très variables (bleu, noir, blanc, gris, avec des motifs...). Son rôle n'est nullement de masquer les déplacements des pieds étant donné qu'il était souvent attaché aux chevilles. Son origine est à rechercher dans sa fonction première : protéger les jambes des cavaliers, comme les "chaps" des cow-boys.
Historiquement, le port du Hakama n'est pas le signe de la détention d'un grade. Il s'agit simplement d'un vêtement traditionnel, que le pratiquant porte dès le premier jour dans des disciplines telles que le Kendo ou le Iaïdo par exemple.
En Aïkido, la situation est quelque peu différente puisque le débutant ne porte généralement pas de Hakama. C'est Me Tamura qui a proposé de procéder ainsi. En effet, dans le Japon d'après-guerre, cela représentait un investissement financier que peu de pratiquants pouvaient se permettre avant d'être véritablement engagés dans la pratique de l'Aïkido. La situation ayant changé, certaines écoles proposent à leurs adeptes de porter le Hakama dès les premiers jours de pratique.



Les grades
Dans la plupart des Arts Martiaux dits traditionnels (Aïkido, Judo, Karaté, Kendo...), mais aussi dans des disciplines plus modernes (comme le Krav Maga) existe un système de grades. Ce système, qui emploie parfois des ceintures de couleurs (comme c'est le cas au Judo) permet vraisemblablement à l'individu d'évaluer sa progression. Malheureusement, les grades deviennent parfois le but de la pratique alors qu'ils ne sont que les bornes kilométriques sur le chemin que nous empruntons. D'autre part, évaluer le niveau d'un adepte en fonction de son grade peut être une erreur. Le pratiquant d'Arts Martiaux doit développer la capacité de jauger les choses et les individus intuitivement, et non en fonction d'un système artificiel...
Le saint Graal ?

Uke : le rôle du partenaire
En Aïkido, l'essentiel de la pratique s'effectue à deux, sous forme de kata. Les rôles sont alternés entre celui qui effectue la technique (Tori) et celui qui la reçoit (Uke). A priori, un pratiquant d'Aïkido reçoit donc la technique au moins 50% du temps. Il est donc primordial qu'il comprenne bien le sens de ce rôle et qu'il développe la capacité à recevoir la technique sans se blesser (en chutant par exemple).
Historiquement, Uke est l'ancien et possède une plus grande expérience que ToriUke ne cherche donc pas à bloquer la technique, mais à favoriser son expression. Dans un premier temps du moins, puisqu'à terme il doit pouvoir proposer des difficultés à son partenaire. C'est là où la situation se complique. En effet, il arrive que Uke ait une fausse perception de ce qu'est une difficulté dans un cadre martial (contexte du combat de survie). Ainsi, bloquer quelqu'un en le saisissant fortement est de peu d'intérêt si celui-ci possède une lame cachée.
D'autre part, il arrive que Uke propose une difficulté dont il ne pourra gérer les conséquences, l'énergie déployée dans une attaque étant généralement retournée contre son émetteur. La solution pour grandir ensemble réside probablement dans une bonne communication...

(photo Paul Wheeler)

Le sens de la pratique
Il n'est pas toujours facile de discerner les raisons pour lesquelles on pratique l'Aïkido, pour le simple fait que cette discipline apporte un grand nombre de bienfaits, physiques ou psychiques. Certains viennent pratiquer pour apprendre à se défendre, d'autres pour découvrir la culture japonaise, d'autres encore pour avoir une activité sociale, ou dans le cadre d'une recherche personnelle, etc.
Toutes les raisons sont bonnes et cette diversité est très enrichissante.
Toutefois, je pense qu'il est important que chacun essaye de déceler les raisons pour lesquelles il désire pratiquer. Cela permet d'éviter des désillusions (impossible de devenir champion du monde en Aïkido par exemple : il n'existe pas de compétitions) et parfois de choisir une activité qui convient mieux.

La transmission dans les Arts Martiaux
La transmission des arts traditionnels japonais est très fortement marquée par la notion de maître et de disciple. Dans le passé, cela a pu se traduire par une certaine "rugosité" de l'enseignement. "Silence, travaille" pouvait être une injonction courante et légitime dans le sens où le débutant, ignorant, en savait moins que le maître et devait d'abord pétrir son corps des principes qu'il étudiait avant de remettre en cause l'enseignement reçu. 
D'autre part, il n'existe pas de professeur sans élèves. Cela signifie que l'élève a aussi une forme de responsabilité : les résultats sont généralement à la hauteur de l'investissement fourni.

avec mon père ;-)