Exercice de style : démonstration Kishinkaï Aïkido Valence 2016


Jauger l'intérieur à partir de l'extérieur
Démonstration Kishinkaï à Valence
On entend souvent dire que les démonstrations dans les arts martiaux sont artificielles et qu'elles ne représentent pas le « véritable » travail. Il est certain qu'accomplir la plus belle des démos ne signifie pas que l'on soit un adepte chevronné. C'est une évidence… De la même manière qu'une dissertation ne reflète pas le degré d'intelligence d'une personne, la démonstration ne reflète pas l'ensemble des qualités d'un pratiquant.

Toutefois, un œil averti saura se faire une idée sur un adepte en observant la manière dont il réalise cet exercice de style. D'ailleurs, le premier réflexe que l'on a lorsqu’on désire découvrir rapidement la pratique de quelqu'un est bien de chercher une vidéo de lui sur le net ; c'est plus commode que de se déplacer pour le rencontrer en personne...

Cela me fait penser au débat sur les passages de grades. Ces derniers sont vertement critiqués (surtout lorsqu'on a échoué) et c'est compréhensible, mais la majorité continue à passer des grades…

Un outil
Je ne suis ni un adepte de la démonstration, ni opposé à celle-ci. Il s'agit simplement d'un outil qui permet d'atteindre un but : faire connaître sa discipline ; et parfois sa pratique personnelle.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les démonstrations – ou embu en japonais - ne sont pas un effet de la modernité, mais existent depuis plusieurs siècles. Une grande partie des écoles traditionnelles possède me des kata destinés aux embus. Ces derniers peuvent être spectaculaires, ou au contraire sembler inopérants afin de masquer les éléments techniques essentiels de l'école. En effet, à une époque où les combats impliquaient la mort, connaître les techniques de l'adversaire était un atout considérable.

Épater la galerie
D'aucuns affirment que démontrer c'est se pavaner, frimer, et que cela n'a rien à voir avec les arts martiaux qui ne sont qu'humilité. Certes.
Il ne faut toutefois pas confondre humilité et fausse modestie.
Démontrer c'est se mettre en avant, mais démontrer c'est aussi se mettre à nu. Se mettre à nu et accepter d'être jugé selon ses apparences nécessite une forme d'humilité.

Sortir de sa zone de confort
Au contraire, refuser de monter sur scène est parfois un jeu de « l'ego » qui ne désire pas se mettre en danger. La partie de nous qui « sait combien nous sommes grands et beaux à l'intérieur » ne supporte pas de nous voir faire une erreur. Or, monter sur « les planches » c'est prendre le risque de voir ses propres défauts pointés du doigt en public.
En cela la démonstration est un outil de progression. Les défauts que l'on se cachait à soi-même ne peuvent plus être tus, tout le monde les as vus. Il ne reste plus qu'à les accepter pour pouvoir travailler dessus. Pour progresser il faut avoir l'humilité d'accepter qu'on puisse être médiocre.

Les ingrédients
Je trouve l'exercice de la démonstration intéressant dans le sens où il nécessite deux qualités qui semblent s'opposer : planification et spontanéité.
Planifier semble facile, mais il ne faut oublier qu'il s'agit de la base sur laquelle tout le reste s'articule.
L'art de la spontanéité quant à lui est difficile, mais indispensable puisque rien ne se passera comme prévu. Il me semble que la présence à l'instant et le détachement du résultat sont des moyens de laisser surgir ce qui est et ainsi d'accéder à une forme de spontanéité.

L'importance des partenaires
On notera également le rôle primordial que jouent les partenaires. La démonstration d'Aïkido est rarement constituée d'un kata solitaire. Les uke sont indispensables dans le sens où une belle démonstration c'est également montrer une qualité de relation entre tori et uke.

Merci à Anne Thunière, Julien Tarrade et Nicolas Augier d'avoir été mes partenaires pour cette démonstration à l'occasion du festival des arts martiaux de Valence !