Le Budo, une éducation du corps et de l'esprit - Interview de Nebi Vural

Voici l'interview de Nebi Vural que j'ai réalisé pour Dragon Magazine. Ce fut un moment très enrichissant et j'en profite pour remercier à nouveau Nebi pour sa bienveillance et son regard aiguisé sur notre discipline.

Nebi Vural fut l'un des très proches élèves de Tamura Senseï. Pratiquant depuis plus de quarante ans, il enseigne aujourd'hui dans 25 pays différents, et est à la tête d'Eurasia Aïkido, une organisation internationale qui regroupe 20 000 pratiquants. Il nous livre avec un certain franc-parler ses réflexions sur l'Aïkido et le sens qu'il donne à la pratique.


Avec Nébi Vural


Nebi, tu es d'origine Turque, quand es-tu arrivé en France et pourquoi ?
Je suis venu en France en 1972 pour faire des études. Je suis resté un an à Aix-en-provence, puis Paris et Tours où je suis allé à l'université. À l'époque nous admirions la France qui représentait pour nous la liberté, l'égalité, la beauté, l'art... Cela nous attirait, c'est pour cela que je suis venu ici.

Et tu es venu seul ?
Je suis venu seul. Mon père était militaire, toute ma famille était militaire. Moi, je voulais faire autre chose. J'ai donc passé des examens et je suis parti.

C'est comme cela que tu as commencé l'Aïkido ? Comment cela s'est-il passé ?
En Turquie, j'ai eu une formation militaire. Ensuite, quand je suis arrivé en France, je pratiquais déjà le Karaté. J'étais passionné et j'ai continué quand je suis arrivé à l'université à Tours. À l'époque on apprenait ça pour s'en servir dans les boîtes de nuits. Bien sûr, on ne pratiquait pas que pour cela, mais c'était quand même un aspect important. À un moment j'ai voulu changer un peu. Avec la jeunesse qui passe, on recherche quelque chose de moins agressif. Alors un ami m'a conseillé l'Aïkido. Je lui ai demandé ce que c'était. Il m'a répondu : "La personne vient sur toi, tu la touches, elle tombe.". J'ai pensé : "Ah ça c'est intéressant".
Nous sommes allés voir un club, on a été un peu déçus, et on est repartis sans s'inscrire.
Quelques temps après on m'a dit qu'un maître d'Aïkido japonais venait, et qu'il s'appelait Tamura. Alors j'y suis allé. J'étais dans les gradins et je suis resté scotché sur mon siège. J'ai dit : "Magnifique, c'est ça que je veux faire !". Par la suite j'ai fréquenté tous les clubs de la région pour pouvoir m'entraîner tous les jours. Et enfin je me suis organisé pour faire tous les stages de maître Tamura. Bon, je ne gagnais pas vraiment beaucoup d'argent et, à l'époque, je dormais dans la voiture, je mangeais un sandwich, je me débrouillais quoi...
L'objectif était d'être toujours uke pour maître Tamura, d'attirer le maître car il ne me connaissait pas. C'est ainsi que ça a commencé. Après j'ai continué et ça a changé totalement ma façon de voir les choses. J'ai rencontré d'autres pratiquants, ton père notamment [Jean-MarcChamot]. On a travaillé, on a partagé des connaissances, les chemins se sont séparés...
Si je suis resté dans la discipline il faut le dire c'est grâce à maître Tamura. C'est lui qui m'a fait admirer l'Aïkido.

Sans lui tu ne serais pas resté car tu trouvais qu'à l'époque l'aspect combatif n'était pas assez prégnant ?
C'est à dire qu'à l'époque on peut dire que c'était plus martial que maintenant. Aujourd'hui la discipline est perdue. C'est joli mais c'est devenu une danse. C'est pour ça que nous ne sommes pas respectés par les autres disciplines du Budo.
D'ailleurs quand maître Tamura était jeune, on frappait, on testait. La pratique était relativement combative tant qu'il y avait encore les maîtres historiques du Budo. Maintenant qu'ils ont disparu, on ne peut plus définir l'Aïkido comme un art martial. Après, veut-on vraiment parler de guerre lorsqu'on emploie le terme martial ? Je ne sais pas... En tout cas, on parle d'une discipline – morale et physique - qu'on doit exercer sur soi. Aujourd'hui il me semble qu'on s'est éloigné de cela.




Mais tu ne trouves pas que, parce qu'il y a moins de tests et que la pratique est moins combative, les pratiquants travaillent davantage la précision technique ?
Non je ne pense pas. Quand je regarde autour de moi je suis choqué de voir certaines choses. Ce n'est pas parce que je suis meilleur que les autres, je parle des bases, quel que soit le niveau. Quand on regarde un professeur lambda d'une discipline martiale ça doit être beau. Je suis désolé mais quand tu en vois certains avec un ventre énorme, qui ne savent même pas s'habiller, même pas se lever… Je me dis : "La pratique ça ne lui a servi à rien, qu'est-ce qu'il va me montrer ce type-là ?".
La technique sert à éduquer le corps. D'abord physiquement, puis mentalement, puis ça revient physiquement. C'est un cycle continu. Comme quelqu'un qui apprend la musique. C'est d'abord du bruit, on travaille, ça se modifie, ça finit par devenir un art, quelque chose de beau... Quand ça reste vulgaire, grossier, il n'y a pas de précision. Rechercher la précision exige une discipline du corps et du mental. Cela ne veut pas dire qu'il faut être militaire, rigide, pas du tout.
En fait, on pratique pour soi. Moi je prends la technique comme un moyen de m'éduquer. J'ai dû changer ma manière de regarder. Avant j'avais un regard agressif et, petit à petit, j'ai modifié cela. Quand on change le regard, après, ça vient du cœur. Cela ne signifie pas que j'ai perdu la vigilance et la combativité, au contraire. Mais c'est plus intelligent, plus calme.

Comment penses-tu que l'on puisse s'éduquer, changer ?
Pour que la discipline devienne une éducation du corps, que ce soit Judo, Karaté, ou Aïkido, il faut d'abord se discipliner soi-même.
Ce n'est pas ma parole qui va changer grand-chose. Il y a des gens qui font mieux que moi de belles phrases. Mais quand je les regarde, ce qu'ils font ne correspond pas à ce qu'ils disent.
Il n'est pas nécessaire de parler : tu as des yeux, tu regardes, tu éduques ta façon de marcher, ta façon de t'asseoir, ta façon de parler…
Regarde ce que faisait maître Tamura. C'était le même geste à l'extérieur que sur le tatami. Il disait d'ailleurs : "L'Aïkido c'est partout". Même quand il prenait un verre et buvait, il y avait l'art et la manière de faire.
C'est normal quand on est jeune de ne pas réussir à transférer les principes appris sur le tatami dans sa vie, mais il faut changer. Il faut que la discipline te serve. Le but n'est pas que ta technique soit meilleure que celle de l'autre. De toute façon, les techniques que tu fais sur le tatami, tu ne vas pas dire que demain, si tu fais un combat dans la rue, tu t'en serviras. Les gens qui disent cela se croient au cinéma. Ce sont des gens qui n'ont jamais combattu. En cas de combat, c'est le corps éduqué qui répond spontanément au moment donné, chaque mouvement devient une technique. Si tu t'es discipliné, c'est efficace. Parce que ton corps est tellement habitué qu'il trouve sa place.
Et ensuite, si tu es bien éduqué mentalement et physiquement, tu supprimes la peur. Tu n'as plus de craintes et tu peux donc aborder le côté spirituel de la pratique. Ca ne se fait pas avec les paroles. C'est donc une application constante.

Dans une telle perspective, comment envisages-tu la transmission dans les arts martiaux ?
La transmission c'est important, mais ça ne se fait pas comme ça. Cela doit être clair. C'est pour cela que dans les arts martiaux il n'y a pas de secrets. Le jour où il y en a, tu ne peux plus transmettre. C'est pour cela que maître Tamura disait : "Si je vous cache quelque chose comment voulez-vous avancer ? Donc je donne tout, mais comme vous ne savez pas prendre ! Vous passez à côté sans vous en rendre compte". D'un autre côté, il disait aussi : "Si vous ne comprenez pas quand vous regardez ce que je fais, comment allez-vous comprendre la réponse à la question que vous allez me poser ?".
C'est maintenant que je comprends. À l'époque je ne comprenais pas, je le regardais en me disant : "Mais qu'est-ce qu'il veut dire ?". On a quand même eu de la chance avec lui. Même si on ne comprenait pas tout, on a eu de la chance qu'il soit venu.




C'est le fait d'avoir suivi maître Tamura à l'étranger qui t'a donné envie d'animer des stages dans d'autres pays ?
Tout à fait. Quand il y a eu la chute du mur de Berlin, j'étais le premier aïkidoka français à partir dans les pays de l'est. C'est maître Tamura qui m'a demandé d'y aller parce qu'il y avait des besoins. Les gens dans ces pays-là voulaient découvrir l'Aïkido.

Le fait d'enseigner à l'étranger a fait évoluer ta pratique ?
Oui. En allant à l'étranger j'ai changé de contexte, et j'ai donc eu d'autres besoins que ceux de mes collègues. J'ai été confronté à des situations différentes et j'ai donc du développer d'autres outils. Dans les pays de l'Est avec les grands gabarits, les gros bras, il faut bosser pour se faire accepter. Il a fallu se frotter aux difficultés et ramasser des coups. Ça fait partie du travail du tatami, comme les boxeurs. Mais il faut aimer ça, les combats. Il y a des gens qui n'aiment pas. Moi j'aime bien, donc ça n'était pas un problème. C'est ce qui m'a permis d'avancer, de faire ma place.
Dans mes stages je dois faire attention, parce qu'il y a des pratiquants de Karaté, de Judo, de Kung Fu, de Kick Boxing, de Boxe Thaï. Ce sont des gens très corrects, mais ils viennent pour assister à un cours d'arts martiaux. Je ne peux pas tourner avec ma petite jupe noire et dire : "Suis moi, suis moi, suis moi". Donc ma pratique doit être différente. C'est ensuite qu'ils apprécient de faire quelque chose de plus "soft".

Trouves-tu que la pratique en France et à l'étranger soient différentes ?
L'Aïkido des années 70 ou 80 n'est pas celui de maintenant, ça change parce que l'homme change, les besoins changent. On ne peut pas faire la même chose maintenant qu'à l'époque, ça ne marcherait pas, et vice versa. De la même manière, quand on va d'un pays à l'autre, il y a les traditions et les modes de pensée qui changent. C'est avec l'être humain que l'on travaille, on est donc obligé de prendre en considération le milieu dans lequel l'homme évolue.
Par exemple quand je vais en Ukraine, tous les professeurs sont des professionnels. C'est un métier pour eux.
L'autre jour en Bulgarie c'était une chose, puis quand je suis allé au Liban c'était autre chose, là je vais aller en Turquie ce sera encore différent. Donc je suis en permanence en train de m'adapter à la situation et à la façon de faire les choses.

Quelle est particularité des endroits où tu donnes des stages ?
Là où je vais c'est là où il y a des problèmes, en Europe de l'Est, au Moyen Orient, en Afrique du Nord.  Ce ne sont pas des pays faciles. Quelque part je vais là où peu d'enseignants acceptent d'aller.




Une anecdote ?
J'accompagnais maître Tamura à Budapest. J'étais parti en avion avant lui. Mais il y avait eu de la neige à Paris et donc son avion avait décollé en retard. Il est arrivé à minuit et en plus la compagnie aérienne avait perdu son bagage. Donc je lui ai dit que le lendemain matin je lui donnerais mes affaires, j'avais toujours tout en double. Le lendemain il s'est réveillé tardivement et comme en plus il avait mal au dos, il m'a demandé de le remplacer de 10h à 11h. Donc j'y vais, je fais la préparation. Je commence à faire les techniques et j'explique en français. Il n'y avait pas de traducteur. D'un seul coup un pratiquant que je connais de Slovaquie propose de traduire. Le problème, c'est qu'il ne parlait pas français ! Mais comme il m'avait beaucoup suivi en stage, il savait ce que je voulais dire. Donc il traduit en hongrois devant les 300 personnes qui étaient là. Je parlais et lui traduisait, mais on ne savait pas ce que l'autre disait ! [rires]
À un moment une dame vient me voir et me dit qu'elle parle un peu français et que quand je dis de tourner à droite, il dit de tourner à gauche. J'ai alors compris pourquoi je trouvais que les gens faisaient des déplacements bizarres [rires].

Peux-tu nous parler de Eurasia, ton organisation ?
L'origine d’Eurasia se trouve dans une discussion avec Me Tamura en 2000. C'était au stage de trois jours à La Rochelle. On était tous les trois dans un café avec Jean-Yves [Levourc'h]. Parlant d'Eurasia, maître Tamura a dit en rigolant : "Si un jour on me vire je sais où j'irai pratiquer".
L'organisation a été créée parce qu'il y avait besoin d'une structure pour développer la pratique de l'Aïkido dans les pays d'Europe et d'Asie centrale. Compte tenu de mon origine, on a fusionné les termes Europe et Asie en Eurasia, la Turquie au milieu créant un pont symbolique entre les deux continents. Aujourd'hui l'organisation regroupe 25 pays. Ça grandit de plus en plus, on était 18 000, on est passé à 20 000. Mon objectif est d'aller encore au-delà, d'enseigner jusqu'où je peux. Pour autant Eurasia n'est pas une organisation concurrente d'une fédération nationale ou internationale.
Eurasia a été créée sous mon impulsion mais avec le soutien tacite de maître Tamura. Ce qu'il voulait, c'était vivre un peu le "système école". Que les gens ne soient pas utilisés comme des machines à sous et que l'on ne passe pas notre temps à faire des réunions. Bon il comprenait que c'était nécessaire, mais il en avait un peu assez de tout ça. Il voulait simplement que tout soit clair et simple, et c'est ce que permet Eurasia.
Il avait donc donné son autorisation. Il avait validé aussi l'emblème du groupe, tout était déjà fait avant sa disparition. Je n'ai pas fait de publicité tant qu'il était vivant, c'était logique. Je lui ai dit : "Senseï le jour où vous n'êtes plus là - même si je vous souhaite de partir après moi - je quitte la fédération". Il m'a répondu : "Le jour où je ne suis plus là, tu fais ton chemin, tu fais ce que tu veux, mais pour l'instant j'ai besoin de toi, tu restes". C'est pour ça que je suis resté à la fédération jusqu'à son décès.
Concernant la création d'Eurasia à proprement parler j'ai bossé seul, sans l'aide de personne. Je suis allé au charbon comme on dit. J'ai fait des sacrifices, professionnels notamment. J'ai ralenti ma carrière pour l'Aïkido. Pendant des années je ne suis pas allé en vacances, toutes mes vacances c'était pour pratiquer l'Aïkido. Tatami, tatami, tatami. Bien sûr, cela a eu des conséquences sur ma vie privée : j'étais tout le temps parti. Bref, j'ai essayé de garder l'équilibre, de faire mon travail correctement. Cela demande une certaine organisation.




Passons à des questions plus en rapport avec ta pratique et ton approche de l'Aïkido. Tu ne portes quasiment plus de Hakama, mais une veste bleue ainsi qu'un pantalon blanc. Pour quelle raison ?
Ah ah ! Il y a toujours une raison pour laquelle on fait les choses. En effet, la couleur de la veste a une signification… Ce sera peut-être l'occasion d'un autre article ! [rires]
Concernant l'absence de hakama, cela me permet de faire certains mouvements particuliers et des techniques avec les pieds.

Tu as beaucoup développé le travail au couteau. Est-ce par affinité ? S'agit-il d'une demande des pays où tu vas ?
J'aime les armes blanches. J'ai travaillé aussi avec des armes à feu, mais ça ne m'a pas tellement attiré. Dans les pays où je vais on utilise beaucoup le couteau dans la vie de tous les jours. Donc c'est logique d'étudier des techniques qui s'y appliquent. Pour eux ce n'est pas un bout de bois, pour eux c'est réel. Tu travailles donc avec une conscience différente. Bien sûr certaines techniques nécessitent d'être adaptées, d'être vues d'une autre manière. Les bases c'est l'Aïkido, mais après les variations se développent.

Il t'arrive de travailler seul ?
Oui tout à fait. J'ai un travail personnel, que je garde pour moi. Il y a des choses que je fais et que je n'aime pas imposer aux autres lors des préparations. Je connais mon corps et mes besoins. Bien sûr ça change avec le temps et l'âge. Je prends ce que je trouve bon. Après c'est une histoire de goûts. Personnellement j'aime bien courir, j'aime bien faire des assouplissements, ou travailler les coups de pieds et de poings.

Tu parles de la préparation. Considères-tu cela comme important ?
Oui, c'est très important. Quand quelqu'un vient, il faut comprendre son état physique et psychologique. Puis lui faire admirer ce que tu fais, lui donner envie, et enfin le préparer. Sans préparation la personne ne peut pas faire certaines choses et finit par s'en aller. La préparation c'est surtout important pour quelqu'un qui travaille toute la journée et qui arrive fatigué. Il faut donc d'abord préparer le corps puis après, donner. C'est difficile car tu as devant toi de multiples personnes avec différentes morphologies, différentes attentes.




Comment définirais-tu la spécificité de ton Aïkido ?
C'est une question difficile. Disons que j'ai une connaissance très large des techniques, parce que j'ai côtoyé un grand nombre de maîtres. La base de ce que je fais vient de maître Tamura, après j'ai enrichi avec d'autres sources. Il ne faut pas avoir d’œillères et penser qu'il n'y a qu'un chemin. Et puis chacun des maîtres étudiait parfois d'autres disciplines qui influençaient aussi leur pratique.
Moi ce qui m'intéresse c'est de rester le plus réaliste possible. Je ne veux pas simplement répéter. Au départ c'est normal, quand tu apprends il faut imiter. Mais après je veux savoir la raison et l'origine de chaque mouvement.
Donc pour définir mon Aïkido je dirais que je veux que ce soit quelque chose de dynamique, de réaliste, d'efficace, et que ce soit un art, qu'il n'y ait pas de brutalité, pas d'agressivité. Et que lorsqu'on le regarde, ce soit beau, qu'il y ait de la vie.

Qu'entends-tu par efficacité ?
Il y a différents degrés de lecture de l'efficacité. D'abord pragmatiquement ça veut dire qu'il faut que ce soit réel. Suis-je capable de répondre en cas d'agression ? Si demain quelqu'un se fait agresser est-ce que je peux l'aider ? Ma pratique doit servir à quelque chose, l'efficacité c'est ça.
Ensuite à un niveau plus profond le Budo est une méthode d'éducation, donc cela doit te faire changer. Il ne s'agit pas seulement de se défendre physiquement dans la rue, mais aussi verbalement au travail, ou même de se protéger de soi-même, de s'éviter de faire des erreurs. Est-ce que la voie que j'emploie est efficace pour m'aider à changer, pour m'éduquer ?
Si le Budo ça ne te change pas, ça ne sert à rien, c'est du temps perdu. Autant aller courir quand il fait beau si c'est seulement pour transpirer.
Les techniques deviennent belles et efficaces en fonction de la personnalité qui est derrière. Ainsi on peut très bien être doux et efficace. Si un individu est brutal, la technique le sera, car elle est une expression de ce qu'il y a à l'intérieur. Quand tu sais voir, rien qu'en regardant les gestes de quelqu'un tu sais très bien qui est derrière. On ne peut pas cacher les gestes. On peut se dire : "Celui-là c'est un voyou, celui là il est plus posé, celui-là il imite tout le temps, car ses gestes ne sont pas naturels.".
Un jour la question a été posée à maître Tamura "Quel est le meilleur aïte ? " il a répondu : "C'est le meilleur technicien, par contre ça deviendra plus riche avec celui qui a une belle personnalité".




Comment définirais-tu un bon pratiquant alors ?
Un bon pratiquant c'est quelqu'un qui est d'abord assidu. Quelqu'un qui donne intérieurement et extérieurement tout pour apprendre. Je ne pense pas qu'un bon pratiquant soit déjà nécessairement bon dans la technique. Il est juste tout le temps en train de travailler. Quel que soit l'âge ou le niveau…

Pour terminer peux-tu nous dire comment progresser selon toi ?
Ah, ça dépend de la qualité du professeur. Je trouve qu'aujourd'hui beaucoup d'enseignants restent uniquement "techniques". Quand tu pratiques le Budo, tu dois étudier aussi d'autres disciplines, tu dois essayer de comprendre tout ce qui concerne l'univers. Tu dois avoir un certain niveau de réflexion. Ça ne veut pas dire être diplômé universitaire, ça n'a rien à voir. Il s'agit plutôt d'étudier, de lire, de chercher à comprendre.
En ce qui concerne le travail de tatami il s'agit d'affiner, de travailler de plus en plus techniquement. Tu dois faire attention à ce que ta technique devienne plus précise, plus nette. Et que toute la brutalité dans le mouvement soit écartée. C'est un travail sur soi de longue durée et ça n'est jamais fini…

Merci Nebi
Merci à toi.