Irimi : écouter l'autre - Dragon hors-série n°7

Voici l'article paru dans Dragon Magazine Hors-Série n°7 sur le thème "Irimi". Merci à Léo Tamaki qui m'offre la possibilité de partager ces éléments de réflexion.

Irimi : écouter l'autre


On définit parfois l'Aïkido en employant la fameuse maxime de O Senseï s'adressant à un journaliste : « l'Aïkido c'est Irimi-Atemi ». On traduit généralement cela par « rentrer et frapper ». Irimi exprime alors la notion de rentrer (I ou Haï) dans le corps (Mi) du partenaire. Le terme Atemi représente quant à lui le coup porté.
Si l'on ne la détaille pas davantage cette définition semble pouvoir s'appliquer à une discipline de pieds-poings et nous éloigne de l'image que nous avons de la pratique de l'Aïkido. Cependant, il semble que le terme Ateru, dont découle Atemi, exprime l'idée d'évaluation précise, de placement exact. On peut ainsi supposer qu'un placement juste permette de placer… un Atemi ; ou d'effectuer une technique d'Aïkido

Entrer au bon endroit
Ainsi « Irimi-Atemi » devient « entrer au bon endroit » ou « entrer correctement » chez l'autre. Cela amène directement à des considérations sur la notion de ma-aï : la distance et l'espace-temps. En effet, on ne peut entrer qu'à certains moments et à certains endroits dans la sphère de son partenaire. Cela nécessite de développer une capacité de lecture de l'adversaire (yomi), une perception des ouvertures (suki). Il me semble que ce « sentir », cette intuition, est un pré-requis indispensable à la pratique des arts martiaux et il est probable que des disciplines, telles que le Karaté par exemple, l'emploient de manière plus stricte que ne le fait l'Aïkido. Aussi j'aimerais plutôt aborder ce qui me semble spécifique à la pratique de l'Aïkido...

Comment entrer sans heurter ?
La question que l'on peut se poser est : « comment entrer sans heurter ? ».
Si l'on veut effectuer avec douceur une technique telle que Shomen Uchi Ikkyo, cela nécessite d'allier à l'action d'Irimi une certaine capacité d'accueil. Cela semble antithétique d'entrer et d'accueillir simultanément, mais c'est ce mouvement paradoxal qui perturbe le partenaire et qui fait que son centre est « pris ».
Entrer correctement nécessite une coordination juste. On emploie le terme Ki-Ken-Taï (l'énergie/l'intention - le sabre - le corps) pour exprimer cette coordination. Cette tripartition de l'action peut être vue chronologiquement, à savoir : placer son intention, puis bouger le sabre (ou la main dans la notion de Te-katana), et enfin appuyer son mouvement par le corps. C'est généralement dans cet ordre qu'on en propose pédagogiquement l'étude, mais on peut aussi  percevoir le Ki-Ken-Taï comme une unité : l'intention, le sabre et le corps bougeant en même temps.

Aïkido et Shiatsu
C'est là où les deux disciplines, Aïkido et Shiatsu, se rejoignent.
Selon certains auteurs, la technique de base du Shiatsu est la pression. D'autres, au contraire, considèrent qu'on ne presse surtout pas mais que l'on pénètre. La différence semble anecdotique mais elle est notoire. Lors d'une séance de Shiatsu, le receveur est allongé, que l'on presse ou que l'on pénètre (action d'Irimi), ne semble pas avoir de conséquences directes. En revanche, debout, lors de la pratique de l'Aïkido, presser reviendrait à pousser, voire à repousser l'autre, et donc à le faire reculer, et ainsi lui donner la capacité de s'enfuir alors qu'on voudrait le clouer sur place.

Vivre l'instant
Concrètement, lorsque j'effectue une pression « Irimi » sur un patient j'emploie le principe Ki-Ken-Taï. J'essaie de ne pas « lancer » mon poids avant que mon pouce n'ait pénétré dans les tissus. Si mon pouce bouge de 1cm, mon centre de gravité ne doit bouger que d'un même cm. Pour ce faire la dimension des espaces inter-articulaires ne doit pas varier, le corps doit rester détendu. Cela nécessite de se placer dans une écoute de son partenaire : « jusqu'où accepte-t-il la pression pénétrante ? ». Au fur et à mesure que l'on écoute son patient, celui-ci se relâche, les tensions disparaissent, nous permettant de rentrer plus profondément. C'est ainsi que l'on considère que l'écoute est responsable de 80 % des effets thérapeutiques.

Dans cette perspective d'action pénétrante, et non d'action repoussante, l'orientation que choisit le cerveau est capitale. Il s'agit d'avoir une intention de l'esprit et non une volonté musculaire. En somme, chercher à oublier le résultat pour simplement vivre l'instant. Vaste programme !



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Un point c'est tout !
Il semble que le foie soit l'organe le plus complexe du corps humain après le cerveau. On lui attribue de multiples rôles et son dysfonctionnement est donc source de nombreux maux. L'époque moderne, par l'alimentation très riche qu'elle nous offre, facilite la congestion du foie. Il est intéressant de noter que l'Ostéopathie, comme la médecine Orientale, associent à cet organe l'émotion de la colère. À ce titre l'emploi du point « synthèse » du méridien du foie peut être judicieux.
Tai Chong, alias Foie 3, se localise entre le 1er et le 2e métatarsien. Il est le pendant de GI 4, localisé sur le triangle de chair entre le pouce et l'index (vu dans le numéro précédent). On raconte d'ailleurs que certains acupuncteurs, s'ils devaient partir sur une île déserte n'emporteraient que 4 aiguilles pour piquer ces 2 x 2 points.
On peut utiliser Foie 3 pour les troubles de la vision, les vertiges et migraines, les insomnies, la congestion alcoolique du foie, les douleurs articulaires…

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